Il y a toujours eu deux églises

dans l'Église

Évangile de notre Seigneur Jésus

(Matthieu 21, 28-31)

28 « Jésus dit aux grands prêtres et aux anciens du peuple :  « Mais dites-moi votre avis. Un homme avait deux enfants. S'adressant au premier, il dit : Mon enfant, va-t'en aujourd'hui travailler à la vigne. – 

29 Je ne veux pas, répondit-il; ensuite pris de remords, il y alla.

30 S'adressant au second, il dit la même chose ; l'autre répondit: Entendu, Seigneur, et il n'y alla point.

31 Lequel des deux a fait la volonté du père » –  « Le premier » , disent-ils. Jésus leur dit: « En vérité je vous le dis, les publicains et les prostituées arrivent avant vous au Royaume de Dieu.

32 En effet, Jean est venu à vous dans la voie de la justice, et vous n'avez pas cru en lui; les publicains, eux, et les prostituées ont cru en lui; et vous, devant cet exemple, vous n'avez même pas eu un remords tardif qui vous fît croire en lui. » 

 

© La Bible de Jérusalem ~ Editions du Cerf, Paris 1998

L' 

Puis au XXème siècle, l'industrialisation a fait naître une classe ouvrière, toujours aussi pauvre... et toujours en souffrance. Par contre les ouvriers eux, ne priaient plus, ne s’adressaient plus à Dieu. Beaucoup se sont détournés même de l'Église, de la foi, surtout chez les hommes. Chez les femmes, il demeurait encore une espérance. La misère a toujours suscité des prières. L'Église ne se rangeait pas du côté des pauvres. Le communisme et le syndicalisme ont pris la place d'une Église absente. Le marxisme a eu un immense boulevard devant lui, aucune concurrence. La lutte oui ! Jésus non ! Jamais les ouvriers ont été défendus par l'Église. Il n'y a jamais eu un mouvement de masse, des manifestations dans la bourgeoisie catholique du XIXème et du XXème siècle pour dénoncer par exemple l'esclavage des enfants au travail dès l'âge de huit ans entre 12 et 15 heures par jour. Il faut garder cela dans nos mémoires.

L’Église ne s'adressait plus aux pauvres et à la classe ouvrière qui de fait devenait de plus en plus athée. Les ouvriers, en usine ou agricoles, les mineurs et les dockers continuaient sans l'aide de l'Église mais avec l'aide du communisme à revendiquer des meilleures conditions de vie dans le travail, surtout dans le domaine de la sécurité, une meilleure rémunération et un système social plus solidaire en particulier sur les soins médicaux dont ces métiers en avaient le plus besoin.

Les prêtres ouvriers 

Cependant pendant la seconde guerre mondiale, il s'est passé quelque chose d'intéressant et d'inédit.  Pour être plus proche du peuple ouvrier, certains prêtres ont décidé d’enlever leur soutane, selon l'expression populaire, sans quitter le sacerdoce, pour s'intégrer dans le monde du travail, dans le monde ouvrier, là où l'Évangile n'était plus. Ce fut la naissance « des prêtres ouvriers ». Le but était noble : être porteur de l'Évangile là où il ne se trouvait plus, être porteur d’espérance, là où il n’y en avait plus. Mais la cohabitation idéologique avec les communistes qui occupaient bien le terrain depuis des années a donné du grain à moudre à l’Église dans cette tâche insolite, étrange et bizarre. 

Après la seconde guerre mondiale, les prêtres au travail étaient très bien intégrés dans le milieu ouvrier, trop bien peut-être. Certains participaient aux manifestations ouvrières, à leurs revendications malgré l’interdiction de Rome. On voyait des choses étranges, aberrantes, voire provocantes. Certains prêtres devenaient des élus syndicaux ou simplement encartés dans un syndicat proche du parti communiste. Des discordes et des ruptures ont fait leur apparition. Pour arrêter les tensions, le pape PIE XII, en 1954, ordonna aux prêtres ouvriers de quitter leur travail et de retourner dans les paroisses. Certains n'ont pas obéi et ont même quitté le sacerdoce. Après le concile de Vatican II, en 1965, le pape Paul VI autorisait de nouveau les prêtres à reprendre le travail s’ils le souhaitaient.

Ce fut les grandes heures de l'action catholique, c’est-à-dire d’un catholicisme social qui existait depuis une trentaine d’années déjà chez les jeunes d’abord avec la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), agricole (JAC), étudiante (JEC) et indépendante (JIC). Puis chez les adultes, (ACO) pour les ouvriers, (ACI), pour les indépendants à majorité agents de maîtrise et cadres, (CMR) pour les chrétiens dans le monde rural et le (MCC) pour les cadres et dirigeants marqués à gauche.

Depuis Vatican II, il était question des « Traditionalistes », qui sont nés de cette époque, (marqués à droite) et les « Progressistes » (marqués à gauche). Il y a eu toujours deux églises dans l’Église catholique.

Contrairement aux idées reçues, les progressistes n'étaient pas des acharnés de l'union libre, des divorces, de la pilule et de l'avortement. Ils ne sont pas non plus aujourd'hui des acharnés du mariage pour tous, de la PMA , la GPA et de l'euthanasie. Ils n'étaient pas non plus systématiquement contre le pape. Ils voulaient pour la plupart d'entre eux que les hommes et les femmes de ce monde ne puissent pas être rejetés au nom des dogmes et des doctrines. Quitte à en revoir certains.

Pour dépoussiérer un peu le « Traditionalisme » et le rendre plus crédible, nous avons vu naître dans les années 1970-1980 en France et en Europe des mouvements catholiques du renouveau charismatique repérés aux Etats-Unis dix ans plus tôt. Les progressistes ne voyaient pas cela d'un très bon œil, il faut l'avouer... même chez traditionalistes car ils marchaient un peu sur leur plate-bande.

Les églises se vidaient toujours.

Puis dans les années 1990-2000, nous avons vu naître une méthode d'évangélisation sans évangile. Cette méthode venait d'un pasteur Anglican de Londres assez vite arrivée en France. Ce sont bien sûr une catégorie de traditionalistes qui ont pris les choses en mains pour la simple et bonne raison c'est que les progressistes, le monde ouvrier (les chrétiens de gauche), et leurs prêtres ont quasiment disparu de la circulation, des communautés paroissiales et même de la politique. C'est la réalité. C'est terminé. Les chrétiens de gauche n'existent plus.

Cette méthode donc est plus exactement un parcours sur le sens de la vie et de la foi. Chaque année, après quelques petits succès, cette méthode s'élargissait à des groupes bien définis tels que les fiancés, les couples, les parents et les jeunes. Là aussi, cela a bouleversé des anciens mouvements. Aujourd'hui, les parcours sont proposés dans les campus d'étudiants, dans le milieu professionnel et même dans le milieu carcéral. Et nos églises se vident toujours. 

Toujours des dogmes et de la morale

Dans une société de plus en plus déchristianisée et de plus en plus athée, il est toujours question aujourd'hui de dogme et de morale et très peu d'évangélisation. Les dogmes et la morale ont certes toujours existé mais aujourd'hui pour leur survie, on les ressort sur les sujets éthiques avec tout ce que ça comporte, la bioéthique, la procréation, la contraception chimique, l'avortement, la fin de vie et tous les sujets sociétaux que nous connaissons tels que le mariage pour tous, la filiation, l'adoption etc. Sujets importants certes, indispensable mais la pauvreté est toujours mise au second plan.

Dans cette époque belle et dure, il y a de plus en plus de gens qui sont en recherche d'une spiritualité calme, reposante car leur esprit, dans leur vie de tous les jours, est rudement malmené, manipulé brutalement et inquiété sans cesse par des peurs. L'Église catholique excelle en la matière. La société actuelle ne nous apaise pas, elle nous effraye plutôt, elle ne nous calme pas, elle nous affole et nous agite. C'est une réalité. Le stress est notre quotidien et la dépression nous menace à chaque instant.

Les gens veulent une Église moins moralisatrice et plus évangélique, plus accueillante et bienveillante.

Elle ne donne malheureusement pas cette impression là. 

Trop dogmatique sur le péché. Un catholique qui a divorcé par exemple est dans le péché et ne doit pas absolument pas recevoir la communion (communier à la messe) quel que soit le motif, même séparé de corps. S’il s’est remarié, n’en parlons même pas. Certes il y a pour certains quelques dérogations privées gardées minutieusement sous silence. Les traditionalistes sont unanimes sur ce sujet et pas seulement que les « ultras ». Les progressistes, eux sont pour… selon une démarche spécifique du fidèle. La curie Romaine n'est pas prête de trancher.

Idem pour les jeunes qui vivent en concubinage. Ils sont pour les traditionalistes dans le péché tant qu’ils n’ont pas régularisé leur situation, c’est-à-dire de se marier. Ils ne doivent pas communier tant qu’ils vivent ensemble et même une fois mariés tant qu’ils n’ont pas reçu le sacrement du pardon et de la réconciliation. Les progressistes eux, ne veulent pas interdire la communion aux jeunes qui vivent ensemble avant le mariage. Le cas par cas est à la fois une discrimination et une injustice. 

Quant à l’avortement, là le sujet est plus sensible… Interdiction totale de communier pour les traditionalistes même après une repentance. Et beaucoup ignorent  qu’un homme politique qui n’est pas pour l’abrogation totale de l’avortement, ne devrait plus communier. Le cardinal Ratzinger, devenu le pape (Benoît XVI) en tant que préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi a été clair sur ce sujet. Pour les progressistes il y a ce que le pape François appellera plus tard « l’accueil dans la miséricorde ». Absurdité chez les traditionalistes. Oui, Il y a toujours eu deux églises dans l’Église catholique.

Qui peut dire le contraire aujourd’hui ?

La société de consommation depuis les années 1970, les libertés individuelles, les avancées sociétales et scientifiques, l'économie de marché et la mondialisation ont plongé les individus à se replier sur eux-mêmes... Le matérialisme les a entraînés dans une sorte de schizophrénie. L'individu, devenu comme tel, n'arrive plus à résoudre ses problèmes de la vie quotidienne, dépassés par les événements de la mondialisation, du chômage de masse et par la suite de l’immigration, il faut aussi le préciser. Et les églises dans tout ça ? Elles se vident toujours. Et c'est vertigineux. Pourquoi ?

Le conservatisme sinon rien

Aujourd'hui, au vingt-et-unième siècle, nous l'avons dit, les catholiques de gauche ont complètement disparu. Dans la classe politique n'en parlons même plus et le catholicisme social a été confié à une élite conservatrice de droite. Et aujourd'hui, les catholiques qui vont à la messe tous les dimanches en France ne seraient qu'entre 4 et 6 % de la population française. Fini les cathos de gauche (progressistes) et les cathos de droite (traditionalistes). Aujourd'hui dans l'Église, il y a les catholiques ordinaires (Galiléens au temps du Christ) qui font comme ils peuvent et les élites catholiques soutenues par en grande partie par les autorités religieuses (Judéens au temps du Christ). Il y a entre ces deux régions un grand fossé qui se creuse de plus en plus. Le débat sur moins de cléricalisme dans le pouvoir de l'Eglise catholique est une fumisterie car le pouvoir glisserait chez les élites laïques et ce sera pire voire catastrophique.

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