Les racines chrétiennes

de l'Europe

« Allez dans le monde entier, proclamez l'Évangile à toute la création » (Marc 16, 15)

Tout a commencé en l'an 2000 lors de la rédaction de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne. La polémique était autour du fait, s'il fallait mentionner ou pas dans cette charte la notion de « L'Héritage religieux » de l'Europe. C'était présenté comme ça au début. Le Président Français de l'époque, Monsieur Jacques Chirac et son Premier Ministre, Monsieur Lionel Jospin s'y sont farouchement opposés au nom de la laïcité à la française. Il ne faut pas oublier que nous étions dans une période où la Turquie demandait activement son entrée dans l'Union Européenne.

Un courant conservateur voulait que cette mention d' « Héritage religieux », soit plus précise en employant le terme « Racines Chrétiennes de l'Europe. »

Le but était d'envoyer un message fort à la Turquie, où elle mettait les pieds, mais aussi aux pays musulmans qui gravitent autour et même au-delà. Double message en pensant que si l'Europe est devenue chrétienne, c'était grâce à la conversion de « Constantin », empereur romain en 326 où il fonde sa nouvelle capitale non plus à Rome mais à Constantinople (l’actuelle Istanbul). Pour la France, il faudra attendre officiellement le baptême de Clovis en 496.

Ce n'est que trois ans plus tard, en 2003, que s'ouvre la convention sur l'avenir de l'Europe, sous la présidence d'un ancien président de la république française, Monsieur Valery Giscard d'Estaing qui aboutira à un projet de constitution Européenne, celle-ci ratifiée au traité de Rome en 2004, que le sujet de l'héritage religieux revient à la surface.

Cette fois-ci, il est question de l'héritage chrétien soutenu par le Vatican, l'Italie, l'Allemagne, la Pologne et le Danemark.

Dans le premier projet de préambule, il était mentionné la philosophie des Lumières mais pas du christianisme. Les catholiques conservateurs se sont levés indignés et pour cause… La philosophie des Lumières a tout fait pour s'affranchir définitivement de la censure de l'Église qui sévissait depuis des siècles.

Le vice-président de l'Italie de l'époque, Monsieur Gianfranco Fini demandait même que l'on stipule des « racines communes » de l'Union Européenne qui sont « Judéo-chrétienne. »

Monsieur Valéry Giscard d'Estaing pensait qu'il ne pouvait être fait mention du Christianisme sans mentionner les autres religions présentes. Les catholiques conservateurs n'en démordaient pas. Du coup, en conclusion, aucune référence à cet héritage chrétien ne fut donc ajoutée et pour le coup, définitivement abandonnée.

Si toutefois, cette référence avait abouti. Oui notre culture européenne est marquée dans ses fondements par le christianisme. De fait, ce n’est pas compliqué de comprendre cette logique dans la mesure où l’Église a opéré une censure implacable, effroyable et terrifiante pendant des siècles, surement la plus grande de toute l'humanité. Nombreux ouvrages philosophiques furent détruits, des œuvres condamnées et brûlées, des bibliothèques incendiées, des savants emprisonnés, réduits au silence… oui on peut le dire à ce tarif-là, l’Europe a été influencée par le christianisme. Pas le choix !

Dans ces même racines, l’Église catholique a choisi plutôt l’option d’un Jésus guerrier belliciste, agressif, qui veut mettre la division, qui ne serait pas venu apporter la paix, qui aimerait mettre le feu sur la terre, qui voudrait voir égorger ses ennemis en demandant d'haïr son père et sa mère, en les dénonçant ainsi que tous les membres d'une famille … que d'un Jésus pacifique qui nous demande de nous aimer les uns les autres, de faire du bien aux plus petits d’entre ses frères, de tendre l’autre joue si on est frappé, de ranger son fourreaux etc… Et le choix fut très clair et assumé dans les racines chrétiennes (catholiques) de l’Europe.

Dans ces mêmes racines combien de juifs ont été chassés des royaumes et des empires ?

Dans ces mêmes racines, il y a eu des massacres et du sang. De l’inquisition aux guerres de religion en passant par ses croisades.

Dans ces mêmes racines, il y a eu des complicités et des silences. En Espagne par exemple, pendant le régime franquiste, l’Eglise catholique est-elle restée neutre ? Ce n’est pas si vieux que ça. Et le dossier du Vatican de la seconde guerre mondiale sera-t-il un jour clos ?

Dans ces mêmes racines, il y a eu des victimes, des enfants privés de baptême si la mère avait fauté très jeune comme on le disait, que le père ne voulait pas admettre cette naissance car il était le fils d'un notable… La jeune mère excommuniée, bannie du village, des parents également excommuniés s’ils avaient décidé de garder chez eux leur fille et son bébé. Le bébé privé de baptême. Des enfants arrachés à leur mère, confiés à des orphelinats religieux, vendus à l’adoption à des familles stériles et riches… Ce n’est pas un temps si lointain… De terribles souffrances dans nos villes et nos villages. Non ! il ne faut pas l’oublier.

Dans ces mêmes racines, on croyait même que les enfants qui étaient mort sans baptême n’allaient jamais voir Dieu… Bloqués dans les limbes… concept aboli au Vatican seulement en 2007. C’est très récent ! Sans affirmer clairement que les enfants non baptisés auraient peut-être le même sort que les enfants baptisés. Le texte dit qu’il faut espérer… C'est pas encore ça ! (1)

Cependant, il y a eu quand même de belles choses dans l’Église qui se sont produites dans la lutte contre la pauvreté, dans l’éducation, dans la santé, que retient-on réellement aujourd’hui en ce vingt-et-unième siècle de ces racines chrétiennes de l’Europe ? Que retient-on de la mémoire collective ? La réponse n'est pas de dire si les racines chrétiennes ont fait plus de bien que de mal ou le contraire. Ce n'est pas non plus de donner un signal fort à une autre religion monothéiste mais de débattre sur la question du pourquoi. Pourquoi cela agite tant les esprits ?

(1) Commission Théologique Internationale. L'espérance du salut pour les enfants qui meurent sans baptême. 

© ExEcclesia – Tous droits réservés 2018-2024