COMMENTAIRE ANALYSE

2ème dimanche de l'Avent (A)

A la lecture de ce passage de l’Évangile du 2e dimanche de l’Avent (Matthieu 3, 1-12) nous sommes encore loin de la fête scintillante de Noël ! Ce n’est que dans trois semaines mais déjà les gens s’agitent pour cette fête et d’année et année de plus en plus tôt.

En lisant l’Évangile de ce jour, Jean dit le Baptiste nous parle de conversion ou de repentance selon les traductions. Il emploie un langage vigoureux et lève un coin du voile sur le cheminement qui nous mène à la « Nativité ».

La Parole de Jean-le-Baptiste inaugure deux choses : Le Salut de tous les hommes et le Royaume de Dieu.

Le Salut de tous les hommes passe par un mot grec étonnant : « Métanoïa »

Mal traduit par « Conversion » ou « Repentance ». « Méta » veut dire : Ce qui dépasse – au-delà – mettre au-dessus et « noïa » percevoir – penser.

Ce qui veut dire « Aller au-delà, au-dessus ou ce qui dépasse nos pensées. Se mettre au-dessus de nos perceptions… C’est très fort. Jean le Baptiste m’invite à vivre une nouvelle dimension de ma spiritualité.

C’est un changement dans notre mental, dans notre esprit (notre âme) et dans notre cœur. « Métanoïa » a une signification puissante et énergétique pour une mission comme celle de Jean.

Concernant le « Royaume de Dieu », il a été longtemps attendu par le peuple. Le livre de Daniel en parle en 2, 44 ; le Royaume de Dieu est tout proche, il est à portée de main. Il fait référence à un futur, mais proche. C’est le Royaume des cieux !  Mais pas le royaume terrestre. Et pour tout royaume bien sûr, il faut un roi. Nous, nous savons que ce Roi va naître à Bethléem, sans apparat et sans éclat. Jean n’est pas le fondateur de ce Royaume, mais l’artisan du futur Roi, notre Seigneur Jésus-Christ.

Quand on étudie modestement les rites et les coutumes de l’époque, le baptême proposé par Jean ressemble aux nombreuses ablutions rituelles que les Juifs pratiquaient.

On utilisait l’eau pour se laver, mais aussi pour se purifier. Les chefs religieux imposaient ces rituels en plus de la circoncision à ceux qui voulaient entrer dans la communauté des croyants. Et cela ne choquait personne. On venait donc de toute la Judée pour se faire baptiser par Jean et sûrement dans le sens d’une purification. C’est pour dire que son baptême fut reconnu comme tel. Jean était vraiment considéré comme un prophète et pas seulement dans sa tenue vestimentaire (en poils de chameau) et par sa nourriture (sauterelles et miel sauvage). Jean nous dit clairement que son baptême n’est pas un rite de purification extérieure, mais pour une purification intérieure. Toute la différence est là.

Et ce prophète Jean le Baptiste s’abaisse. Humblement il nous dit au verset 11 : « Moi je vous baptise dans l’eau en vue de la conversion (Métanoïa). Mais celui qui vient derrière moi est plus grand que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit-Saint et le feu. »

Dans l’Esprit-Saint, ça va encore, mais dans le feu ! Surtout quand on sait que baptisé veut dire « plongé », nous essayons de comprendre ce que cela signifie.

Mais comprenons-nous bien que le mot grec « en » puisse aussi se dire « avec ». Et cela nous échappe peut-être, mais le jour de la Pentecôte, les disciples ont reçu l’Esprit-Saint, symbolisé par des langues de feu qui se déposèrent sur chacun d’entre eux. C’est avec du feu que les apôtres furent remplis de l’Esprit-Saint. Dès notre baptême, nous sommes plongés avec l’Esprit-Saint et avec le feu.

Cependant, au verset 10, le feu est un agent destructeur : « Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. »

Au verset 12, c’est la même chose : « Il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint jamais. Entre les versets 10 et 12, le verset intermédiaire (11) nous dit : « Moi, je vous baptise dans l’eau, mais Lui (Jésus qui vient) vous baptisera dans l’Esprit-Saint et le feu. » Il n’y a pas d’autres explications. Est-il destructeur ? Nous savons que le feu peut être une malédiction et une bénédiction. Il peut aussi bien nous réchauffer, mais aussi nous dévorer.

Beaucoup d’interprétations ont été formulées concernant le feu. Que notre Seigneur l’utiliserait pour brûler tous les mécréants qui ne portent aucun fruit… Méfions-nous des apparences. Ou bien, à la fin des temps, notre Seigneur jetterait dans un feu qui ne s’éteindrait jamais (l’enfer) tous ceux qui n’ont pas respecté les commandements de son Père. Alors que fait-on de la miséricorde de Dieu ? Dans ma vie de fidèle, il m’est arrivé d’écouter certains prêches assez violents, même là, la miséricorde Dieu était aussi jetée au feu... Méfions-nous des interprétations terribles.

Sachons tout de même que notre Seigneur Jésus a trouvé ses disciples parmi ceux qui ont entendu et répondu à la prédication et au baptême de Jean. Il leur a fait connaître durant toute sa vie missionnaire cette « Métanoïa » à tout le peuple.

De tout temps, l’homme a voulu influencer son semblable en utilisant les peurs, pour le meilleur comme pour le pire… Mais les gens ordinaires que nous sommes, même éloignés ou rejetés par les institutions d’église, nous pouvons partager nos valeurs, celles de l’amour et de la miséricorde de Dieu, auprès des hommes et des femmes de ce monde, auprès de nos familles et de nos amis.

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