CARÊME 2021

des catholiques non-pratiquants

EXE_12111.jpg

Peut-on vivre un bon Carême si nous sommes éloignés de l’Église-Institution, si nous n’allons plus à la messe, si nous sommes retirés des communautés ? Oui, bien sûr que oui pour la simple raison c’est que le Carême est un chemin de conversion qui nous mène à Pâques, un chemin intérieur spirituel et personnel. Ce chemin peut se faire chez soi en famille avec ses enfants. C’est très important, car souvent ceux qui ont participé chaque année à la célébration du jeudi-saint témoignent n’avoir vu aucun enfant contrairement à la tradition juive, le seder (le repas cérémonial hautement symbolique de la Pâque juive) qui se fait uniquement en famille. La tradition catholique se fait dans l’église, souvent glaciale. Une célébration avec peu de monde.

Le Carême est avant tout un temps spirituel, une occasion unique d’apaiser notre mental, de retrouver une paix intérieure dont nous avons tous besoin.

Faire une pause spirituelle dans ce monde qui nous tente dans une consommation souvent démesurée, par un pouvoir avide, une performance épuisante qui laisse un bon nombre de femmes et d’hommes au bord du chemin. 

Le Carême, ce n’est pas avoir de bonnes résolutions comme l’on s’engage à faire un régime alimentaire, à ne pas succomber devant une gourmandise ou à réduire une consommation d’alcool – et à nous dire que cela ne peut pas nous faire du mal.

Le Carême est avant tout de s'accorder plus de temps avec Dieu qui lui, ne passe jamais son temps à nous punir comme le pensent encore certains, mais à nous aimer comme un Père. Plus de temps à reposer son mental, plus de temps à écouter la parole de Dieu, à méditer l’enseignement de notre Seigneur Jésus. Ce temps de Carême est de redécouvrir l’amour du Père envers tous ses enfants. Le Carême oui à ce niveau est un nouveau régime de vie de notre existence, car moins de temps à passer à nos passions dont beaucoup sont futiles et superficielles, très souvent inefficaces qui augmentent notre stress et nos angoisses.

La pénitence ne doit surement pas s’associer avec l’outrance, c’est-à-dire un acte démesuré excessif jusqu’à la flagellation (ce qu’a subi notre Seigneur Jésus pendant sa passion). Cet acte qui existait autrefois dans les monastères est révolu. Quoique dans certaines communautés sectaires, nous avons constaté encore des pratiques.

Une pénitence mal interprétée peut troubler notre esprit.

La pénitence,  c'est de réclamer tout simplement la miséricorde de Dieu – sa clémence divine, de lui demander de nous réhabiliter dans son amour. Dieu n’a pas besoin de mortifications pour sonder les cœurs. Il sait où nous en sommes, il connait la profondeur de notre être. Cela ne sert à rien d’afficher publiquement nos actes de pénitences.

C’est exactement la même chose pour le jeûne. Dieu ne veut certainement pas que nous nous privions de nourriture pour expier une faute pour sanctionner un plaisir superflu ou à damner notre société consumériste et retrouver grâce à ses yeux.

Notre temps de Carême doit se substituer à nos consommations les plus inutiles quelles qu’elles soient qui nous prennent du temps, beaucoup de temps. Que notre mental pendant ce Carême puisse faire une pause, d’être davantage en communion avec Dieu notre Père et en son Fils Jésus notre Seigneur pour être plus ouvert aux autres. C’est l’enseignement primordial de notre Seigneur Jésus.

Notre Seigneur Jésus est clair quand il nous dit en Matthieu 9, 13 ; « C’est la miséricorde que je veux non pas le sacrifice, car je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs. »

Notre Carême débute par un acte de « conversion ». C’est le démarrage – comme au temps de l’Avent. « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » nous dit Jean-Baptiste en Marc 1,15. L’Avent nous a préparés à la venue de notre Seigneur Jésus. Le Carême nous prépare à sa Pâque qui passera par sa passion, sa mort et sa résurrection.

Le mot conversion est traduit par deux mots grecs « Metanoïa » et « Epistrophé »

« Métanoïa » vient de μετά (Méta) qui signifie ce qui englobe, ce qui est au-delà et se met au-dessus et νοέω (noeo) ce qui signifie percevoir, concevoir, penser, observer. Cela veut dire que notre conversion est dans le sens d’être au-dessus de notre perception, au-delà de nos conceptions, tourné et élevé vers Dieu. Pendant ce Carême mettons-nous au-dessus de notre monde tourné vers Dieu à l'écoute de sa parole.

Le Carême ne doit pas être comparé comme un exploit – un exploit sportif, à une sorte d’endurance, de performance dont les plus forts (mentalement) en percevront tout le sens.

Le Carême est un temps de méditation, de prière où l’on perçoit le présent comme l’essentiel dans ce monde agité. La méditation apaise notre âme, elle transforme notre vie chrétienne. Notre expérience démontre qu’une méditation de pleine conscience réduit notre stress. Un Carême médité transformera le cours de notre existence. C’est une rigueur où l’on ressent de la mansuétude – qui nous incline à la constance, à la douceur, au calme et au pardon.

Notre société est constamment dans la propagande, de propager des informations dont le seul but est de perturber et brouiller notre mental, et de nous orienter dans les rouages ingénieux d’une pensée choisie à notre place. Pendant ce Carême, écartons-nous de ces chaines d’information en continu. Changeons de direction (du grec ἐπιστροφή espitrophé) autre nom pour designer la conversion qui veut dire un changement de direction, retour à soi, mais aussi dans le sens de la concentration et de l’attention – l'attention de ceux qui nous entourent et qui ont besoin de nous : Familles et amis, ceux qui sont les plus éloignés de Dieu.

Le Carême est un temps fort offert à tous et pour tous. 

PÂQUES

Le Carême est un chemin qui nous mène à Pâques. Dans un monde qui a toujours connu des souffrances et des oppressions, notre Seigneur Jésus a donné sa vie pour nous sauver. Par sa résurrection, notre Seigneur nous garde une place au Royaume de son Père. Pour cela, il a besoin des femmes et des hommes sur terre pour annoncer au monde entier cette Bonne Nouvelle. Non pas dans la propagande ou le prosélytisme, mais dans notre comportement qui suscitera des questions et que nous ne nous déroberons pas pour évangéliser.

Nous autres catholiques non-pratiquants, retirés de l’Église et des communautés, vivons ce Carême dans notre sphère privée. Méditons quelques minutes chaque jour. Tournons-nous vers Dieu, dans le secret et le silence. Dieu nous offre de nouvelles perspectives dans une nouvelle direction avec un esprit éclairé et un cœur rempli d’amour. Le Carême est un besoin vital pour notre vie chrétienne même hors de l'Eglise et des communautés.

Gabriel REY