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Collectif indépendant des victimes des abus sexuels dans l'Eglise de France

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Interview execlusive de PIERRE VIGNON
prêtre du diocèse de Valence

Pour les catholiques de France
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Publié le 30 sep.-21

A quelques jours de la remise du rapport de la Commission Indépendante des Abus Sexuels dans L'Eglise (CIASE), Pierre Vignon (prêtre du diocèse de Valence) répond aux questions du Collectif Espérance Résilience.

Pierre Vignon bonjour, vous vous êtes fait connaître dans l’opinion publique quand vous avez publié le 21 août 2018 une pétition sur internet réclamant la démission du Cardinal Philippe Barbarin concernant son silence et sa gestion calamiteuse sur les abus sexuels de Bernard Preynat, membre de son clergé. Rappelez-nous les faits (brièvement) et la motivation de cette démarche.

Pierre Vignon : C'est involontairement, même si certains n'y croient pas, que mon nom est sorti dans les médias. À la suite de la Lettre au Peuple de Dieu du Pape François du 20 août 2018, j'ai aussitôt rédigé une lettre au Cardinal Philippe Barbarin qui lui demandait de démissionner. Comme j'avais déjà demandé la même chose de façon privée au Cardinal, j'ai décidé que cette lettre serait ouverte. Je n'ai pas pensé un instant qu'elle aurait l'écho qu'elle a rencontré puisqu'elle a eu une diffusion internationale. J'ai fait relire cette lettre par les présidents de l'AVREF et de La Parole Libérée. François Devaux m'a proposé d'y joindre une pétition en ligne. Je lui ai répondu que je n'y voyais pas d'inconvénient à condition que je ne m'en occupe pas. C'est ce détail qui a tout changé. Une heure après la mise en ligne, les journalistes ont commencé à m'appeler et cela a duré de façon très intense pendant cinq semaines avant de commencer à s'estomper peu à peu. La pétition a atteint 100 000 signatures de soutien en une semaine. Je me suis rendu compte que j'avais dit quelque chose que tout le monde attendait et qui n'avait malheureusement pas été dit par une personne d'un statut plus important que le mien dans l'Église. Face à cette avalanche, j'ai décidé simplement d'assumer ce qui se passait en raison des victimes. J'avais déjà passé l'âge où l'on veut prouver des choses aux autres en faisant le joli coeur. Les gens l'ont compris. Mon évêque aurait aimé que je me cache au fond des bois, mais je m'y trouvais déjà ! Il ne s'agissait pas d'une attaque contre la personne du Cardinal, mais d'une parole à lui adressée en raison de son rôle qui n'était plus compris par personne. J'ai le regret de dire que c'était lui-même qui s'était mis dans cette situation lorsqu'il avait refusé de répondre à la Reporter de France 3 Auvergne-Rhône-Alpes, Sylvie Cozzolino, lorsqu'il avait fui devant elle lors d'une rencontre à Fourvière en décembre 2015, quand elle lui avait posé, la première, la question de Bernard Preynat. Comme cet épisode avait été diffusé le soir, toutes les rédactions de France l'ont vue et se sont dit que le Cardinal avait quelque chose à cacher. Elles ont alors envoyé des enquêteurs à Lyon et ils ont déterré, façon de parler, tous les cadavres de prêtres depuis 50 ans. Le Cardinal a ensuite eu la phrase malheureuse, à une Conférence de Presse à Lourdes, le 15 mars 2016, conférence à laquelle il n'aurait pas dû participer et à laquelle il est venu sans préparation, dans laquelle il a dit : « La majorité des faits, grâce à Dieu, sont prescrits. » Le tollé a été général et mondial, à raison, et on n'a plus entendu parler dans les nouvelles que du Cardinal Barbarin pendant plus de deux ans et demi. C'est ce contexte qu'il faut évoquer pour comprendre ma réaction et pour ne pas m'accuser de l'avoir agressé médiatiquement. Si on oublie ça, on fait du Cardinal une victime, la victime-même dans les milieux ultras, et on escamote les vraies victimes, les dizaines de personnes dont la vie avait été détruite par l'affaire Preynat. Ces évènements sont importants à rappeler, car ce sont eux qui ont amené l'épiscopat français et la Conférence des Religieux et Religieuses de France à commander la Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans l'Église (CIASE). Sans l'avoir cherché, je me suis trouvé être celui qui a dit les mots justes au moment où ils devaient être prononcés : "Ça suffit !". Ça s'est passé aussi simplement que cela. Il n'y a pas d'autre explication, car j'habite dans un coin perdu et désertique du Vercors et ça n'est pas en poussant un cri en sortant de mon bois que ça pouvait avoir humainement un tel écho. Les complotistes y voient un coup médiatique, mais je les défie de prouver matériellement comment ça aurait pu se passer autrement.

Vous avez été écarté par l’Église comme juge canonique début novembre 2018. Selon vous, était-ce en représailles suite à votre pétition ?

Pierre Vignon : Lorsque mon évêque m'a convoqué pour me demander des explications le 1er septembre suivant, il m'avait fait la menace à peine voilée de ma révocation comme juge. Je lui avais expliqué que ça ne m'atteindrait pas parce que j'avais l'âge de la retraite et qu'en conséquence je ne me plaindrais pas de ne plus avoir de dossiers à traiter. Je lui avais en revanche expliqué que cela retomberait sur lui et sur les autres évêques. Ils ne pouvaient que s'exposer à la vindicte populaire en montrant à tous que la faute, d'après eux, revenait à celui qui avait évoqué le sujet et non du sujet qui avait été évoqué. Le pas a été franchi par le Cardinal Barbarin le 1er novembre, jour de la Toussaint, dans l'annonce qui m'a été faite par son acolyte, le père Nicolas de Boccard, que j'étais révoqué. Je l'ai appris avant la messe de 10h que j'ai célébrée dans la paix. Entre temps, François Devaux à qui j'en avais fait part, avait alerté les journalistes. La nouvelle a fait le tour de France médiatique le 1er novembre et celui du monde le 2. Une pétition pour me réhabiliter a été mise en ligne, sans que j'en sois l'initiateur, et elle a obtenu 75 000 signataires très rapidement. Le 3 novembre commençait à Lourdes l'Assemblée d'automne des évêques de France. Le Cardinal a été interrogé par ses confrères sur le nouveau buzz qu'il avait provoqué. Il a répondu qu'il y avait eu erreur de timing. Il voulait dire par là que je n'aurais pas dû connaître ma révocation si rapidement. Je suppose que j'aurais été écarté à la façon ecclésiastique, c'est-à-dire étouffé peu à peu en silence avec des gants blancs. C'est le contraire qui s'est passé. Le Cardinal n'avait même pas prévenu ses confrères de la région Auvergne-Rhône-Alpes, comme l'a reconnu l'un d'eux devant la presse, et le décret de ma révocation a même dû être reformulé. J'ai toujours eu un grand respect des évêques et de leurs fonctions et comme je l'ai toujours dit à mon évêque : "Je vous serai toujours loyal, mais jamais servile." C'est cette nuance que n'a pas comprise le Cardinal. Je regrette que les évêques de la région Auvergne-Rhône-Alpes, malgré les mêmes études de philosophie et de théologie que nous avons faites, n'aient pas compris que l'obéissance dans la société moderne ne peut pas s'exercer comme dans la société médiévale qui ignorait la séparation des pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires. Je ne conteste pas qu'un évêque soit revêtu de cette triple autorité en matière religieuse (seulement), mais je ne comprends pas qu'il ne voie pas que dans une société démocratique il doit déléguer son pouvoir judiciaire sans y mettre lui-même la main. Un évêque ne peut pas être juge et partie dans la même affaire. C'est l'erreur magistrale qu'a commise le Cardinal Barbarin. Se cacher derrière les évêques de la région Auvergne-Rhône-Alpes pour m'écarter signifiait aux yeux de nos contemporains que l'Église se comportait comme une secte. J'aurais aimé qu'on n'en arrive pas là, non pas à cause de moi, mais pour éviter à l'Église de perdre encore de sa crédibilité dans la société, et je l'avais expliqué longuement, mais ça n'a pas été compris. Il fallait faire un acte d'autorité. Il s'est retourné contre ceux qui l'ont pris et, par la force des choses, moi vivant ou pas, cet acte devra être annulé un jour et je devrai être réhabilité, pour le principe.

Le 7 novembre 2018, trois ans après les dénonciations de l’association « la Parole Libérée » de Lyon sur le silence du Cardinal Barbarin et de l’Église, les évêques de France décident de créer une commission indépendante pour faire nous citons : « La lumière sur le passé ». Pourquoi trois ans après et en même temps si rapidement après votre pétition ?

Pierre Vignon : C'est le résultat du processus que je viens d'expliquer plus longuement en réponse à la question précédente. Tout simplement parce que la position dans laquelle l'affaire Barbarin, - puisque l'affaire Preynat aurait toujours dû rester l'affaire Preynat et ne jamais devenir l'affaire Barbarin,- avait mis l'Église de France dans une situation impossible à tenir aux yeux de l'opinion publique. Le cœur du problème n'était pas le Cardinal de Lyon, mais les victimes. Il ne fallait pas confondre. L'exposition médiatique a eu comme inconvénient de mettre en avant le seul Cardinal, comme s'il était le seul à avoir couvert des prêtres criminels. Le Rapport de la CIASE présente l'avantage de remettre l'ensemble des abus en perspective dans toute l'Église de France. 

Le 20 novembre 2018, la commission indépendante des abus sexuels dans l’Église (CIASE) recevait sa lettre de mission pour recenser tous les témoignages de victimes. Vous avez demandé au président, Monsieur Jean-Marc Sauvé d’en être membre. Pourquoi vous a-t-il refusé cette place légitime ?  Et que pensez-vous de cette initiative des évêques de France ?

Pierre Vignon : Je vois que vous êtes bien informé. Dans un premier temps, j'avais pensé que je pouvais peut-être me rendre utile en me joignant à cette Commission pour garantir son indépendance puisque je ne pouvais pas être suspecté de ne pas l'être après ce qui m'était arrivé. Je suis en outre extrêmement attaché à la vérité et à sa manifestation et je suis un disciple du grand Chartreux du XIIe siècle originaire du diocèse de Valence, Guigues 1er, qui a écrit cette perle dans ses Méditations : "La Vérité doit être placée au milieu comme un bel objet. Si quelqu'un l'a en horreur, ne le juge pas, mais aie pitié de lui." C'est digne de Blaise Pascal et je trouve que cela a un sens très actuel dans la situation présente. Pour en revenir à ma demande, le président Sauvé m'a répondu très aimablement en m'expliquant sa méthodologie et je me suis rendu à ses arguments. C'est lui qui avait raison : aucun prêtre ni religieux dans la Commission, quel qu'il fût. Je lui sais gré d'avoir suivi la voix du bon sens et de me l'avoir rappelé.

Qu’attendez-vous de ce rapport, des suites que donneront les évêques de France ?

Pierre Vignon : Au moment où je vous réponds, je sais simplement que ce rapport est volumineux. J'ai été entendu par la Commission au complet et j'en ai retiré un grand respect pour elle. Je sais par nombre de victimes qui ont été auditionnées que le respect de l'écoute et le sérieux du questionnement leur ont convenu. J'ai donc toute confiance dans la remise de ce Rapport. Comme il sera épais, il faudra déjà prendre le temps de le lire sans précipitation. J'en attends une sorte de révolution pour l'Église. Je sais que tous les traditionalistes contrerévolutionnaires par principe vont prendre peur en me lisant, mais c'est le Bon Dieu qui nous a soumis aux révolutions, dont celles des astres. On ne peut les refuser. Je pense à ce qui est dit dans l'Écriture Sainte, à savoir que la Parole de Dieu est vivante et efficace, et qu'elle vient nous disséquer au plus intime comme un glaive à deux tranchants. Cela sert d'image pour montrer que si l'Église est sur le bloc opératoire, c'est Dieu le chirurgien. Il me semble que c'est ce que nous sommes en train de vivre. Pas étonnant que beaucoup ne s'y retrouvent pas. Je poursuis mon développement. C'est donc Dieu qui, à travers la société extérieure à notre Église, nous dit que nous sommes très malades et que nous devons accepter d'être soignés. Dans nombre de maladies, la prise de conscience par le malade de la gravité de son état est déjà la moitié de sa guérison. Si nous refusons de nous confronter à ce que va nous dire ce Rapport, nous nous enfoncerons dans la maladie dont Dieu veut nous guérir et elle nous sera alors fatale. C'est cette vision spirituelle de la part de nos évêques que j'attends. Non pas faire un prêchi-prêcha pour la mère Michel qui a perdu son chat, mais reprendre les paroles des prophètes de l'Ancien Testament et les adapter à notre contexte. Je pense entre autres au livre de Baruch dans lequel il y a des versets étonnants : " Au Seigneur notre Dieu appartient la justice, mais à nous la honte sur le visage comme on le voit aujourd’hui : honte pour l’homme de Juda et les habitants de Jérusalem, pour nos rois et nos chefs, pour nos prêtres, nos prophètes et nos pères ;oui, nous avons péché contre le Seigneur, nous lui avons désobéi, nous n’avons pas écouté la voix du Seigneur notre Dieu..." Et pourquoi cette confession, parce que chacun a mangé la chair de son fils et celle de sa fille. N'est-ce pas ce qui est arrivé avec ces crimes contre les enfants et les jeunes commis dans notre Église et qui n'auraient jamais dû s'y produire ? Nous pouvons nous servir de l'expérience biblique pour trouver la force de la vérité avec un souffle nouveau pour la proclamer. Tout autre type de parole sera tellement dérisoire qu'il attirera l'opprobre sur celui qui la prononcera. Ce chemin que je propose peut paraître austère, trop rude, à certains. Lisez alors bien le livre de Baruch et vous verrez qu'il s'agit, en le prenant, de renouveler l'Alliance en profondeur et en vérité. Il me semble que le Pape François dit des paroles de ce genre. J'attends de nos évêques qu'ils agissent surtout, qu'ils ne parlent pas trop et que s'ils le font, ça soit de cette trempe.

Nous entendons sur les réseaux sociaux des qualificatifs à la suite du rapport : Impact ; tremblement ; tempête : déflagration ; l’Église ne s’en remettra pas ; Monseigneur Moulin-Beaufort emploie même le mot « purge nécessaire » concernant les prêtres. Quel est votre état d’esprit ?

Pierre Vignon : Je vais continuer sur le registre spirituel, celui dans lequel on se place plus rarement. Cela ne nie pas l'importance des autres niveaux de réception du rapport, mais si on oublie le spirituel on va en effet sombrer dans le désespoir et la révolte. Cela ne produira rien de bon, pour personne. Il nous faut affronter la honte qui vient et, comme on dit, la boire, afin que toute honte bue, on reparte cette fois dans la direction juste. Je pense au prophète Isaïe. Dans l'un de ses chapitres, exceptionnel en force d'évocation poétique et prophétique, le 54, au verset 10, il est écrit ceci : "Même si les montagnes s'écartaient, si les collines s'ébranlaient, ma fidélité ne s'écarterait pas de toi, mon alliance de paix ne serait pas ébranlée, dit le Seigneur..." À propos d'impact, on parle de tsunami et de séisme. Il y a bel et bien un renversement de ce qui est le plus stable, les montagnes et les collines. Et c'est pourtant dans cet effondrement généralisé que l'alliance de paix est la plus stable. Cela signifie que nous devons être prêts à affronter le plus sereinement possible tout ce que nous allons voir et entendre, de telle façon que ce que nous avons vécu de plus vrai et de plus intime avec Dieu demeure. Sans ce lien profond, il est évident que les chrétiens ou prétendus tels n'auraient plus qu'une chose à faire : quitter le navire avant qu'il ne coule. Mais la barque de l'Église, pour être souvent la nef des fous, est quand même celle où le Christ est assis et elle ne coule pas. Le Pape François et Mgr de Moulins-Beaufort ont donc raison quand ils nous disent d'affronter la réalité telle qu'elle est. J'aime beaucoup la lumière donnée par ce verset d'Isaïe qui nous permet d'éviter la panique et l'affolement.

L’Église doit être auprès des plus pauvres. Nous savons que beaucoup de victimes ont eu des dégâts psychiatriques les empêchant d’avoir une vie sociale convenable. Certaines sont encore précarisées, vivant dans la pauvreté. Elles n’ont plus confiance en l’Église. Que répondez-vous ? Les évêques parlent d’indemnisation pour les victimes. Elles seront visiblement nombreuses. Il y aura plusieurs critères. Quel est votre avis ?

Pierre Vignon : On revient au centre du problème, les victimes. Je dis tout de suite que je m'oppose au refus de dédommagement et d'indemnisation des victimes par les diocèses. Ça sent sa réaction de petits comptables pour qui l'avarice est une vertu. Il y a des gens qu'on opèrerait plus facilement à coeur ouvert que de leur portefeuille ! Je ne comprends pas pourquoi il reviendrait aux fidèles de débourser pour ce dédommagement qui est un dû pour les victimes, pas une faveur. Et on ne voit pas pourquoi il faudrait mégoter parce qu'il s'agirait de l'Église. Vous avez raison de parler de précarisation. Il me semble qu'il faudrait réagir au cas par cas. Il y a des situations où des victimes désirent seulement une vraie reconnaissance de leur traumatisme et pour lesquelles un euro symbolique suffirait. Mais il y en a dont la vie a été bousillée, pour parler français, par ce qui leur est arrivé et qui ne s'en sont jamais remis. Elles vivent dans une précarité qu'elles n'auraient pas connue sans cela. Il est évident qu'il faut les aider comme il  convient et à fond. C'est un devoir moral. Qu'on me permette un rappel historique. Albino Luciani, devenu le Pape Jean-Paul Ier, qui sera bientôt déclaré saint, avait commencé comme jeune évêque dans le nord de la Vénétie. Quand il avait été nommé, un scandale financier concernant toute l'Italie avait été commis. Deux de ses prêtres avaient collaboré à cette fraude. Le jeune évêque a réuni tous ses prêtres et leur a tenu ce discours : deux d'entre nous ont gravement fauté et ont mis des personnes en grave difficulté. Nous allons payer ensemble tout ce qui est dû. Et c'est ce qui a été fait. J'aimerais qu'on applique la méthode Luciani dans l'Église de France. J'ai comme l'impression que les victimes retrouveraient la confiance et le sourire.

Propos recueillis par Didier Ferriot,

pour le Collectif Espérance-Résilience 

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Plus jamais ça !

Pierre Vignon- François Jourdain

Editions de l'Observatoire

Quand cela s'arrêtera-t-il ? Telle est la question qui vient naturellement aux lèvres quand on se penche sur le volumineux dossier de la pédophilie dans l'Église catholique.  Premier prêtre à avoir dénoncé l'omerta qui règne au sein de l'institution, Pierre Vignon fustige ce mur de la honte, cette situation d'irresponsabilité, de bonne conscience et de couverture d'agissements « criminels » à laquelle se heurtent depuis trop longtemps des mineurs sans défense et des parents dépassés. Dépassés face à ces religieux qui s'étaient pourtant engagés solennellement « devant Dieu » à protéger « le faible » et « le pauvre ». Et qui ont fait le contraire. En toute impunité. Le père Vignon et l'essayiste François Jourdain expliquent quelles sont les causes d'une telle hypocrisie de la part de la hiérarchie, d'une telle faillite collective, d'une telle dérive quasi sectaire, et quelles solutions pourraient être envisagées pour que de tels drames ne se reproduisent pas et que justice soit faite. Pour les victimes.