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Collectif indépendant des victimes des abus sexuels dans l'Eglise de France

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Témoignages publiés

 
Témoignage n°3 ~ Etienne

62 ans, France, Drôme

« Par la foi, Abraham ... a offert Isaac…Même mort, se disait-il, Dieu est capable de le ressusciter »

(Hébreux, 11, 17-19)

« Quand je rencontre une jeune victime qui me dit qu'elle a été violée, je vais lui donner une information importante : elle n'a pas encore rencontré la sexualité. Elle a rencontré une agression sexuelle… du génital … mais devant elle, il y a toutes les possibilités de découvrir ce qu'est une relation sexuelle. »

(M. Lacambre dans Et si on se parlait ? ~ Médiaspaul, 2021, p. 104)

Été 1978. Dans un petit village du Massif central, une communauté nouvelle née en 1969 dans la mouvance du Mouvement des Focolari organise des sessions de Vie selon l'Évangile. Bien que non inscrit, son responsable me propose d'y participer. En invité de la onzième heure, en quelque sorte. Je les ai rencontrés quelques jours auparavant lors d'un mariage à Vézelay. Beaucoup de choses m'ont séduit – le franc-parler, un sens certain de la fête, un rapport à l'enseignement de l'Église qui loin d'écraser fait grandir et cet encouragement à faire confiance à l'autre au-delà du ressenti : « Faire unité. »

 

Je n'ai pas été agressé violemment au coin d'une rue, c'est bien plus subtil que ça. Je me suis retrouvé, dernier arrivé, à partager la vie du responsable et d'une autre personne à la coordination des sessions. Un matelas fut rajouté là où il logeait … et les invitations à coucher avec lui se firent pressantes. J'étais chamboulé et m'en suis ouvert à l'autre personne. « Tu as le pouvoir de dire non », me dit-elle. Las, ce n'était pas elle qui dormait dans la même pièce et n'arrivait pas à fermer l'œil. Et toujours cette rhétorique de l'unité, de faire confiance à l'autre au risque de la nuit pour lui permettre d'avoir la lumière. Une nuit, précisément, le récit biblique du sacrifice d'Abraham m'a convaincu de prendre le risque de faire confiance. Étais-je amoureux ? Non. Étais-je attiré par lui ? Franchement, non. Mais voilà, je n'avais pas vingt ans, lui près de trente-cinq. Il était le responsable de cette communauté d'Église. Des prêtres, des religieuses participaient aux sessions où il n'était question que de vivre l'Évangile, d'être vrais et transparents, de pratiquer la miséricorde les uns vis-à-vis des autres et de risquer l'unité.

 

Bien qu'une amnésie soit toujours possible, je ne crois pas qu'il se soit passé quoique ce soit de croustillant cette nuit-là. Rien de violent en tout cas ni même de très plaisant, mais bien le rapt de ma liberté et le fait que durant quarante ans, j'ai cru avoir découvert la nature de ma sexualité. Mieux, j'ai cru, comme cela m'a été dit, que j'avais la chance d'être tombé sur une communauté catholique qui acceptait les gens comme moi... Quarante ans durant j'ai cru cela. Oui, tout juste quarante ans, puisque c'est à l'été 2018 seulement que, en cherchant à réagir pour des amis sur internet à l'horreur des abus sexuels commis par des prêtres américains, je butais sur ceux de l'ex-cardinal archevêque de Washington. Comment qualifier des abus qui ne concernent ni des enfants ni des adolescents, mais des séminaristes ou de jeunes prêtres ? C'est alors que surgirent sur le clavier les mots "abus par personne ayant autorité". C'est en écrivant ces mots-là que j'ai physiquement ressenti qu'ils me concernaient. Depuis je tente de relire, de me réapproprier ce vécu. Élection, emprise, travail psychique intense pour s'en sortir, retournement de culpabilité, dissociation ensuite pour survivre. Petit à petit j'apprivoise ma vie et apprends à y reconnaître les conséquences à long terme de l'abus, comme ces over-reactions que je ne maîtrise pas devant certaines personnes ou la sidération qui m'étreint lorsque ma bonne foi est mise en doute.

 

Lorsque la CIASE a lancé son appel à témoignage, j'ai répondu. Celui sous l'emprise duquel je suis tombé n'est pas prêtre, il n'en a pas moins fondé avec d'autres une communauté qui a été reconnue Association catholique de fidèles du Christ en 1984. Une procédure a conduit à cette reconnaissance ecclésiale … et à sa démission pour problèmes de gouvernance dus à l'homosexualité ! D'abus, il n'a pas été question. Ni de ceux qu'il a subis enfant, ni de ceux qu'il a fait subir aux autres. Cela relève du for interne, nous a-t-on dit. C'est-à-dire de l'accompagnateur spirituel. Mais les autres ? À la suite de la déposition, je me suis rendu compte que j'étais loin d'avoir été le seul, que des mineurs avaient été impliqués. Des témoignages me sont parvenus indiquant qu'il continue de fonctionner sur le même mode opératoire. J'ai entrepris de chercher d'autres survivants.

Son nom a été déposé sur le site :

https://coabuse.fr/

 

Une démarche a été entreprise auprès de l'archevêque de la ville où il réside, un signalement judiciaire est actuellement à l'étude en attente qu'une victime non prescrite se signale.

 

Le témoignage plus complet d'Etienne Voinchet-Lavie est consultable sur le site de la CIASE

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Témoignage n°2 ~ Pouce Verte

43 ans, France, Ile de France

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Née dans une famille catholique pratiquante, j’ai cessé de croire et pratiquer vers 25 ans, car pour moi les paroles de la messe et des prières sonnaient faux avec les actes de mes proches. À l’âge de 38-39 ans, après une décompensation physique violente, des images sur mon enfance ont commencé à surgir : des abus sexuels répétés par un prêtre à la retraite dans un couvent où nous allions passer nos vacances chaque année mes parents et mes frères, deux années de suite, à mes 9 ans et 10 ans, ma meilleure amie ayant subi en même temps que moi la deuxième année. Puis une image vers mes 12 ans, dans la salle d’une église paroissiale, d’un prêtre inconnu abusant de moi. Enfin, des sensations de mon corps enceinte, vers 15-16 ans, une visite médicale chez un médecin, et mon envoi dans le couvent pour être avortée par les religieuses. Une souffrance incommensurable, qui a parfois failli m’emmener jusqu’à ma propre mort, une souffrance à me rendre folle, ingérable, une brisure en moi, j’ai perdu une partie de moi-même… Tout mon corps parle et se déchire. Et je ne peux pas parler, par incertitude de mes souvenirs. Je ne suis plus en capacité de travailler, mise à la retraite pour invalidité à 42 ans, j’ai tout perdu : ma vie, mon autonomie dans les déplacements. Ma sérénité n’est qu’angoisses et cauchemars en continu. Quand aurai-je réparation ? Quand aurai-je des aveux ? Quand saurai-je l’exacte vérité ?

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Témoignage n°1 ~ Marie-Claire

63 ans, France, Savoie

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Je viens d’une famille catholique croyante et pratiquante.  Mes parents étaient instituteurs dans l’enseignement catholique. Pendant les vacances scolaires, nous allions chez ma grand-mère maternelle et son fils prêtre (frère de ma maman.)  De mes 6 à 11 ans, ce prêtre m’a violé dans le presbytère, ainsi qu’une de mes sœurs qui elle, est décédée de l’alcool à 54 ans (suicide déguisé) et mon frère lui, s’est suicidé à 50 ans. Il s’est suicidé, car il a été démasqué. Ses victimes ont parlé ! Il était devenu à son tour agresseur ! Je suis restée enfermée dans le silence pendant plusieurs décennies… La mort de ma sœur et de mon frère m’a fait dire que je devais témoigner pour eux et aussi pour aider toutes les victimes. Il m’a fallu des années pour me reconstruire, et ce n'est pas fini... Je ne peux pas rester dans une église où la trahison, le mensonge et la peur persistent.

C’est un travail de longue haleine pour dépasser tout cela.

Une reconstruction tout le long de ma vie, qui m’a causé beaucoup de déboires personnels qu’il faut que j’assume.

Vous pouvez retrouver l’intégralité de son témoignage dans son livre « Mon chemin, celui du silence » paru en mai 2021 aux éditions du Panthéon.

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