Jacques Loew ~ Avez-vous une religion ?

Texte de Jacques Loew (prêtre) 1908-1999
 

Après une jeunesse vécue dans l'athéisme, Jacques Loew fait la découverte de Dieu à travers les merveilles de l'Univers. Cela le conduira à une profonde communion avec Jésus dont il sera un témoin passionné, passion qui l’amènera à écrire de nombreux ouvrages et à fonder la Mission Ouvrière Saints Pierre et Paul et l'École de la foi de Fribourg. Jacques Loew fut une grande figure de l'Église de France et dans une partie du monde.

La première condition pour avoir une religion, pour chercher Dieu, c'est d'abord d'avoir une haute idée de Dieu. On ne cherche pas Dieu comme on cherche un trèfle à quatre feuilles, parce que cela porte bonheur ou que c'est amusant à découvrir. Pour chercher Dieu, même si on ne l'a pas encore trouvé, il faut accepter, dès le premier instant, de « tout jouer », de mettre sa vie dans la balance le jour où nous aurons trouvé le bonheur de découvrir Dieu.

Chercher Dieu ainsi ? C'est ce que nous dit Jésus dans l'Évangile quand il nous parle de ce marchand qui va à la recherche d'une perle fine infiniment précieuse ; il cherche cette perle, il la découvre un jour et, dans la joie d'avoir découvert ce qu'il cherchait de plus beau au monde, le voilà qu'il ‘‘ bazarde ’’ tout – comme nous dirions aujourd'hui – uniquement pour posséder cette perle si belle et si précieuse. (Mt 13, 45-46). Chercher Dieu, c'est lui dire déjà dans notre prière de chaque jour (même si nous sommes incroyants) : « Mon Dieu, tu es le Créateur. Cela veut dire que tu es Celui qui est. » Les incroyants ajouteront : « Mon Dieu, si tu existes – je n'en sais rien encore, mais quelle immense chose ce doit-être si c'est vrai ! – Tu es Celui qui a dû tout faire. Le coquelicot est une pensée de toi et la rose est une pensée de toi, et la tendresse d'une femme est une pensée de toi, et la force d'un homme qui s'est engagé totalement dans son idéal, est aussi une pensée de toi, ô mon Dieu ! » Voilà ce qu'est avoir une haute idée de Dieu et cultiver en soi cette grande idée d'un Dieu si grand.

Mais chercher Dieu, ce n'est pas seulement avoir une grande idée de Dieu, c'est, en même temps, et comme une seule chose, se faire tout petit devant Dieu, cela ne veut pas dire : se faire mesquin, être étriqué, se replier sur soi-même, être grippe-sou et sentir la naphtaline !

Être petit devant Dieu, c'est tout simplement se mettre devant Lui pour ce que nous sommes. En face de ce Dieu si grand... nous, si petits ! Quelques bons coups d'épingles seront nécessaires pour dégonfler notre baudruche, notre « moi », et pour qu'étant redevenus petits nous découvrions Dieu. Découvrir Dieu quand on s'est fait petit, amène quelque chose d'immense dans un cœur d'homme, y amène la joie. Car la joie chrétienne naît à la fois de la grandeur de Dieu et de ma petitesse. Cette disproportion, cette différence de niveau, de potentiel, fait que la joie va irradier mon cœur. Non pas une joie à la manière des joies humaines – qu'on prend du dehors, qu'on essaye de faire pénétrer dans sa propre peau, à coup d'argent ou à coup de plaisirs –, mais la joie de Dieu, la joie qui naît au fond de mon cœur même, de là va irradier tout mon être. La religion, c'est cela : d'abord et toujours chercher Dieu, être des petits devant Lui. C'est ce que dit Jésus :  

 

« Cherchez le Royaume de Dieu et sa Sainteté et tout le reste – cette joie nul ne pourra vous enlever –, tout le reste vous sera donné par surcroît. » (Matthieu 6,33)

Mais chercher Dieu, Le découvrir, ne vous dispensera pas de l'effort. Pour trouver Dieu dans cette escalade, pour nous encorder à Dieu – comme on s'encorde au chef de cordée –, nous aurons à souffrir nous-mêmes ; il faudra que nous voyions où nous poserons notre pied ; il faudra nous agripper à des prises qui nous couperont peut-être les doigts, mais qui, en même temps, nous feront entrer dans l’émerveillement de la découverte, dans la recherche de Dieu à travers toutes choses. Et si nous cherchons vraiment, si nous cherchons profondément notre Dieu si grand, un jour nous découvrirons qu'Il est là, au fond de notre cœur.  « Celui qui m'aime dit Jésus, je me révélerai à lui, et je viendrai en lui, et mon Père et moi nous ferons en lui notre demeure. » (Jean 14, 23) Cette Parole même de Jésus est celle qui nous comblera : Car ce Dieu n'est pas seulement le Créateur lointain ; Dieu c'est celui qui me regarde, c'est celui que j’appelle « notre Père ». Mon Dieu, tu es notre Père et je suis ton enfant !

(Si vous saviez le don de Dieu, op. cit., p. 39-41 ; 43-45.)

© ExEcclesia – Tous droits réservés 2018-2024