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EGLISE DROGUE ET TOXICOMANIE
Lâcheté des Évêques de France

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Le trafic de drogue est en pleine actualité en cette rentrée 2021-2022.
Il y a vingt ans, en 2001, le Conseil pontifical pour la pastorale de la santé proposait aux Évêques du monde entier un manuel de pastorale après quatre ans d'études pour leurs agents pastoraux et éducateurs chrétiens. Le pape Jean-Paul II avait été sollicité par les instances internationales à s'engager contre ce fléau. Ce manuel n'a jamais été utilisé dans les diocèses par manque de volonté. Une honte pour l'Eglise de France. Une chronique accablante de Gabriel Rey.

Depuis quelques jours, les médias s’activent, s’existent autour du phénomène de la drogue, des trafics de drogues. Depuis quarante ans, c’est toujours la même rengaine… d’un septennat en quinquennat, toujours le même rituel… celui d'un échec, de l'état et des belles promesses d’une campagne... c'est navrant. Ces derniers jours, les médias ont planté leurs caméras dans le quartier des jardins d’Éole à Paris et dans les cités nord de Marseille.

Je ne vais pas faire tout un long exposé sur l’échec des gouvernements successifs depuis quarante ans, mais de m’exprimer sur la lâcheté de l’Église de France. Curieux, me direz-vous.

Concernant nos dirigeants, en 1982, le gouvernement crée la MILDT (Mission Interministérielle de lutte contre la Drogue et la Toxicomanie) avec des subventions énormes dédiées à la prévention, à la lutte contre le trafic national et international, aux soins et à la recherche. Quels ont été les résultats ? Rien… Avez-vous entendu parler de la MILDT ?

En 2014, vingt-deux ans après, la MILDT devient la MILDECA (Mission Interministérielle de lutte contre la Drogue et des Conduites Addictives). Par expérience, quand on change d’appellation, c’est que l’on veut effacer l’inefficacité précédente pour en soumettre une autre. Depuis 2014, avez-vous entendu ne serait-ce qu’une petite action de la MILDECA ? Nous pouvons que constater que l’impéritie des gouvernements n’a aucune date de péremption.


L’Eglise Catholique confie le problème de la drogue à une fraternité incompétente.


Il y a vingt-quatre ans en 1997, je faisais partie d’une fraternité catholique œuvrant auprès des malades alcooliques, de leur conjoint et de leur famille. J’avais 35 ans. Je voulais rejoindre un groupe de chrétiens touchés par ce phénomène et apporter mon aide principalement auprès de l’entourage. Six ans auparavant, je perdais ma mère d’une hémorragie suite à son alcoolisme qui a duré quinze ans. Les autorités l’ont découverte dans un état de clochardisation trois semaines après sa mort.

Cette fraternité venait d’être reconnue officiellement Mouvement d’Église après vingt-cinq ans d’existence. Le CEF (conférence des Evêques de France) a même confié à cette fraternité de s’occuper des toxicomanes. Cette fraternité ne s’y est jamais préparée, jamais formée et est restée encore de nos jours incompétente en ce domaine pour la bonne et simple raison, que c’était une fraternité supervisée par des membres vieillissants… encore maintenant... chasse gardée infranchissable !

Cette même année (1997) fut publié un document de la commission de l’Épiscopat français « Drogues, Église et Société », aux éditions Centurion/Cerf. Un document de 336 pages où des médecins, des éducateurs, des politiques, des chercheurs et certaines associations s’exprimaient pour aider les Évêques et les missions pastorales des jeunes à mieux connaître le phénomène des drogues.

J’ai proposé aux dirigeants de la fraternité des malades alcooliques que l’on étudie ce document et que l'on fasse des suggestions au sein de la Pastorale de la Santé. Refus catégorique. La raison invoquée : « Nous n’avons pas le temps et les moyens et de toute façon, nous n’avons pas de drogués dans notre fraternité. » En réalité, c’est que l’équipe dirigeante dont la plupart sont des retraités ne voulait pas qu’un jeune de 35 ans, qui pouvait attirer des parents et d’autres jeunes, ne puisse pas perturber leurs petites affaires.

Bon, il faut dire que ce document n’a pratiquement pas vu le jour dans les diocèses et aucun groupe ne s’est constitué pour étudier cet ouvrage et donner des pistes à la pastorale des jeunes sur le problème de la drogue dont la mortalité était conséquente par la contamination du Sida. L’alcool et la drogue chez les jeunes n’intéressent pas les évêques de France. L’évêque, responsable du pôle « Famille et Société » que j’ai rencontré en 2009 au siège de la CEF (Conférence des Évêques de France) lors de la préparation d’un site catholique (style doctissimo) pour aider les familles face aux problèmes de santé, mais aussi sur la sexualité dans le couple, sur le handicap, la dépendance affective, les addictions, les maladies psychiques et bien d’autres domaines… ce site devait révolutionner la sphère catholique… Il a vu le jour un cours instant et il est tombé rapidement dans les oubliettes. Cet évêque m’a avoué que des cartons entiers de cet ouvrage pourrissaient dans les caves de la CEF, il n’avait jamais été distribué… j’en fus estomaqué.

La même année (très dense de 1997) s’ouvrait à Rome au sein du Conseil Pontifical pour la Pastorale de la santé, une série de travaux concernant le problème de la drogue qui continuait de faire des ravages dans notre jeunesse. Sollicité par les instances internationales, le Pape Jean-Paul II s’est engagé publiquement avec tous les hommes et les femmes de bonne volonté dans la lutte contre la drogue chez les jeunes. Il confia à Mgr BARRAGAN (Mexicain), président de ce conseil pour la pastorale de Santé d’organiser les opérations. Pendant près de quatre ans, un immense travail fut entrepris. Le Vatican a organisé une série d’études, des réunions à travers le monde, des congrès internationaux… une mission énorme et colossale…


EGLISE DROGUE ET TOXICOMANIE, un Manuel de Pastorale remarquable.


Après quatre ans d’un travail extraordinaire, le Pape Jean-Paul II propose au monde entier un Manuel de Pastorale intitulé « ÉGLISE DROGUE ET TOXICOMANIE ». Il est publié en France aux Éditions BAYARD/CERF/MAME. Un manuel de deux-cent-cinquante-trois pages destiné aux éducateurs chrétiens, aux agents pastoraux, même aux parents pour les aider dans leur tâche éducative et préventive.

Un tel manuel, d’un long travail, aurait dû susciter une espérance, un enthousiasme, une volonté farouche de proposer aux responsables de la jeunesse catholique de France de s’en approprier pour lutter contre la consommation des drogues même dans les milieux favorisés. Seul à ma connaissance, le diocèse de Nanterre a essayé de faire quelque chose. Visiblement, les dégâts provoqués par la drogue chez les jeunes ne sont pas la préoccupation des élites catholiques… En vingt ans, qu’ont-ils fait ces laïcs supérieurs catholiques avec ce document ? Certains de leurs jeunes sont pourtant concernés… j’en ai connu des jeunes consommateurs catholiques des beaux quartiers. Pas assez visiblement. Vous savez, c’est comme pour le parti communiste des années 1950. Il ne fallait surtout pas ébruiter les dérives de leurs progénitures.

J’ai étudié un an durant ce manuel de pastorale. Parallèlement à cela, je me suis formé au CNID (Comité National d’Information sur la Drogue), association non confessionnelle et apolitique fondée par le Docteur Léon Hovnanian, médecin généraliste… aujourd’hui dissoute faute de moyens. C’est là que j’ai rencontré les frères de « Saint-Jean Espérance » Association qui s’occupent de l’accueil de toxicomanes en province. J’ai rencontré aussi d’autres associations et des personnes formidables (parents et éducateurs). Même si elles étaient non-confessionnelles, toutes ont trouvé ce Manuel de l’Église formidable. Même le docteur Hovnanian aujourd’hui décédé.

J’ai organisé une réunion au sein de la fraternité des malades alcooliques dont je faisais toujours partie. Mon exposé était centré bien sûr autour de ce manuel et principalement sur une prévention à la lumière de l’Évangile pour les aumôneries, le scoutisme et autres mouvements de jeunes. Plus nuancé dans les écoles privées catholiques respectant la diversité des croyances. J’y ai mis tout mon cœur, toute ma sensibilité et toute mon énergie, car mon fils venait d’avoir treize ans et l’adolescence commençait à frapper à la porte. Comme la fraternité était reconnue Mouvement d’Église, je voulais passer par elle ce qui faciliterait les choses auprès des Évêques de France. Les papis et les mamies ont été sensibles, je l’avoue, mais ne voulaient pas m’aider, car ils craignaient de perdre la main sur leur petite fraternité.

Je continuais mon combat. La fraternité s’est plainte par lettre recommandée auprès de l’Évêque en charge de la santé. Ce dernier me mettait en garde (aussi par lettre recommandée) d’utiliser un document de l’Église sans autorisation. J’ai même été reçu par le secrétaire de la commission santé de la CEF. Un laïc très bon, très attentionné et convaincu qu’il fallait faire quelque chose avec la pastorale des jeunes.

J’étais confiant. Le jour d’une rencontre de la commission de la pastorale de la santé, il m’avait invité pour exposer mon projet. La commission était composée de sept personnes, une religieuse, deux prêtres, quatre laïcs (dont le secrétaire). Quatre membres (dont les deux prêtres) sur trois ne furent pas emballés par mon exposé. Ils avaient tous eu entre leurs mains la lettre de cette fraternité dont le contenu était très méfiant, voire méchant. La religieuse était de mon côté. Les deux prêtres et deux laïc m’ont exprimé leur hostilité d’un document venant de Rome… véridique… j’en ai perdu le sens de mes arguments. J’étais consterné, abasourdi. Mes objections s’étiolaient. J’étais complètement perdu. J’avais prié le Seigneur Jésus la veille, comme tous les soirs, et avant cette réunion. Je pensais à la génération de mon fils et de ma fille. Est-ce une volonté de mon Seigneur Jésus ? Le secrétaire et la religieuse m’ont raccompagné à la porte en exprimant leur tristesse. J’ai écrit au Président de la Conférence des Évêques de France de l'époque, à la commission de la pastorale des jeunes… sans réponse… Fin de non-recevoir. Seulement quatre personnes avaient décidé ce jour-là de ne pas utiliser ce manuel de pastorale pour aider nos jeunes chrétiens et de limiter les dégâts.