NOTRE COURANT/Témoignage

Explosion à Beyrouth

Témoignage de Jean, un ami d'Execclesia

C’est une véritable catastrophe qui s’abat sur le pays qui m’a vu naître. Je suis né au Liban en 1975. Toute mon enfance, je n’ai connu que le bruit de la guerre que l’odeur de la désolation et de la mort. J’ai pu quitter le Liban à l’âge de quinze ans pour rejoindre ma sœur qui était installée en France depuis cinq ans.

Mes parents sont restés au Liban. Mon père est un retraité de la fonction publique. Ils habitent le quartier MALA’AB de Beyrouth pas très loin de l’hôpital Makassed.

J’ai pu avoir des nouvelles de mes parents par mon frère qui n’habite pas très loin de Beyrouth. Cela fait deux nuits qu’ils ne dorment plus. Moi non plus d’ailleurs, je viens de faire cette nuit un terrible cauchemar. Des choses me reviennent (il faut dire régulièrement) en tête. À 45 ans, je m’habitue à avoir de temps en temps des nuits très agitées… Depuis octobre dernier (le chaos économique), cela n’arrête pas.

Depuis deux jours mon père est cloîtré, traumatisé. Il me dit qu’il a du mal à se souvenir qu’il a connu une vie heureuse au Liban… Mais je lui ai fait rappeler pas plus tard que Noël dernier qu’enfant, il me racontait ce Liban libre et prospère… comme un conteur pour m’endormir paisiblement.

Un ami du courant des « Chrétiens Execclesia » m’a demandé de faire un petit témoignage.

Quand j’ai appris la double explosion sur le port de Beyrouth mon cœur s’est arrêté. Et depuis que j’ai vu les vidéos sur internet, je ne vis que dans l’angoisse, je n’arrive pas à me contrôler. Un bilan de 113 morts à mon réveil et près 4000 blessés. C’est terrible. Frappé par une crise économique du pays, la crise du dollar, la hausse du prix de la Livre libanaise, le pays est en ruine financière. Le Covid-19 a empiré les choses. L’explosion d’hier nous démontre que l’on ne sera jamais heureux au Liban. 50% de la population vivent sous le seuil de la pauvreté. C’est énorme. Il n’y a plus de protection sociale, de sécurité sociale. Mes parents vivent très modestement. Nous les aidons financièrement ma sœur et moi. Mais certains de leurs voisins sont dans une extrême pauvreté. Nous sommes chrétiens. Mes parents font partie de ces chrétiens qui ont réclamé la démission du président chrétien Michel Aoun. Cette explosion a donné un coup de grâce à ce Liban déjà meurtri.

Mon frère m’a dit que sur le coup, ils ont cru à un attentat. Aux abords des hôpitaux, c’est la panique totale. Il me disait de voir certaines scènes il y a trente ans encore. Sans l’aide internationale, le pays s’effondrera.

Ce qui a sidéré la population c’est comment les autorités ont pu laisser 2750 tonnes de nitrate d’ammonium sur le port de Beyrouth connaissant sa dangerosité et ce produit depuis 2014. Ce produit a été stocké par la douane libanaise, retiré d’un bateau qui présentait des problèmes techniques. Voilà ce que l’on sait. Ce qui est aberrant, c'est qu'aucun spécialiste depuis six ans n’a pu se rendre compte de l’énorme dangerosité d’une telle cargaison. Cela me révolte. Le Liban vit (survis) grâce à l’exportation. Tout passe pratiquement par le port de Beyrouth. C’est un drame qui va avoir des impacts sur tout le Liban. Mon frère vient de m’envoyer un SMS. Depuis deux jours, mon père est entré dans un mutisme. Il est assis dans son canapé, il ne décroche plus un mot.

Je demande aux chrétiens de France, ce beau pays qui m’a accueilli il y a 30 ans où je suis heureux avec ma femme et mes enfants, de prier pour le Liban. Rien n’est impossible à Dieu, je veux y croire. Merci pour vos prières. 

JEAN

© ExEcclesia – Tous droits réservés 2018-2024